mercredi 3 novembre 2021

MÉDITATION ET ORGANISATION INTERNE

 

La vie est cohérence. Elle suit un principe d’organisation qui tend vers l’expansion et l’harmonie.

Pourtant en tant qu’êtres humains, à cause de l’ignorance de notre nature profonde, nous vivons, en grande partie, d’une façon qui nous fait nous sentir déconnectés de ce principe organisateur et de l’équilibre qui en découle.

 

En effet, l’état normal de conscience pour la plupart des gens, c’est un état d’identification au mental, aux pensées, et au sens de la personne.

A cause de cette identification, le mental est nourri sans cesse en énergie, et va avoir tendance à produire un flot continu et dense de pensées, d’images et de concepts qui vont sans cesse changer en fonction de nos interactions avec notre environnement.

Ce sens du soi étant très instable, le mental/égo va chercher à trouver plus d’équilibre et de sécurité en mettant en place un plus haut niveau de contrôle pour tenter de gérer les mouvements des pensées, et pour essayer de s’accrocher à des images de soi qui le valorisent et qu’il voudrait maintenir stables.

Par cette activité, le mental crée encore plus de pensées, de concepts, de croyances et de conditionnements sur ce que l’on est et comment les choses devraient être. Il génère aussi un grand nombre de stratégies pour essayer de fuir ou réprimer les émotions, sentiments et expériences que nous imaginons ne pas être en capacité de ressentir.

Toutes ces pensées, concepts et croyances agissent comme un filtre, dirigeant sans cesse notre attention vers l’extérieur, nous amenant à chercher l’équilibre dans un futur hypothétique, et nous faisant tourner le dos à notre nature fondamentale et à l’expérience directe de la vie dans le moment.

En outre, toute cette activité mentale entretient un grand niveau de conflit intérieur et de contrôle, et génère une contraction énorme dans l’être. Cette contraction produit une activation du système nerveux et une agitation constante de l’énergie interne et des émotions. L’activation est ensuite traitée par les pensées et augmente l’agitation du mental qui ressent qu’il y a quelque chose qui ne va pas, et qui va conclure : « il y a quelque chose qui ne va pas chez moi ».

 

Un cercle vicieux est alors installé. Et à cause des niveaux importants de contrôle, de confit intérieur et de division qui sont maintenus et qui vont à l’encontre du principe d’organisation naturel de la vie, cela maintient en place une activité renforçant le déséquilibre et la fragmentation.

 

 


 

La méditation est la voie royale pour sortir de cette boucle et pour laisser l'équilibre se restaurer.

En effet, lorsque l’on pratique la méditation un détachement naturel se produit. Et cela est encore plus vrai lorsque l’on pratique la méditation véritable qui est une méditation sans objet, donc sans effort de concentration, où on laisse simplement les choses être telles qu’elles sont.

Ce détachement amène à désengager notre attention et notre identification de l’activité à l’œuvre dans les pensées.

Le fait de ne rien faire dans la méditation, de rester sans agenda, de ne pas chercher à atteindre quoi que ce soit, nous amène à libérer l’expérience de notre contrôle et à laisser les éléments qui apparaissent en nous suivre leur rythme propre et se déployer dans le respect de leur cycle naturel.

Plus nous restons dans cette observation détachée et sereine, plus les pensées peuvent êtres vues pour ce qu’elles sont : de simples mouvements qui se produisent dans l’espace de notre être.

En même temps, privé de ses sources principales d’énergie (qui sont notre identification et notre attention), le mental se détend et se vide peu à peu de son contenu, le système nerveux se régénère et tout notre organisme s’apaise.

Puisque nous n’interférons plus avec le mouvement de la vie, son principe d’organisation à l’espace pour œuvrer en nous.

L’harmonie se restaure alors d’elle même, et les qualités naturelles de notre Être Véritable se révèlent. Nous pouvons alors découvrir les trésors qui nous attendent derrière le voile de distorsion créé par les pensées.

Le principe d’organisation tend également à nous amener à nous éveiller à notre Vraie Nature, à réaliser que nous ne sommes pas ces images que les pensées nous présentent, mais plutôt la conscience qui les perçoit, et que cette conscience n’est pas contenue ni définie par ce que nous pouvons percevoir ou penser.

Ce qui est réalisé sur le coussin de méditation s’infiltre alors de plus en plus dans notre vie quotidienne et dans notre expression, dans un processus continu et infini d’approfondissement.

 

Et plus sommes alignés avec notre nature profonde, plus le principe d’organisation de la vie a d’espace pour œuvrer, amenant notre nature profonde à s'exprimer de plus en plus à travers le système corps/mental dans un déploiement infini de grâce et de créativité.


Patrick BOULAN

l'ÉGO ou le soi illusoire

Ou la racine de la souffrance

Lorsque nous arrivons au monde, nous sommes pure Essence, immergés dans l’expérience de notre vraie nature, dans un état de pureté, d’innocence et d’unité.

Puis en grandissant nous devons faire face à des manques (lorsque nos besoins d’amour, de connexion, de reconnaissance ou de sécurité ne sont pas remplis), à des blessures ou des traumas (lorsque notre innocence n’est pas respectée ou qu’elle est abusée).

Avec ces manques et ces blessures puis avec la douleur qui en découle, l’enfant sent qu’il y a un problème, mais ne pouvant avoir la capacité de recul suffisante pour percevoir que la nature réelle du dysfonctionnement vient des gens qui sont en contact avec lui, il pense que c’est lui qui a un problème et installe la croyance de base « il y a quelque chose qui ne va pas chez moi ». 

Il sent en même temps que si il laisse cette croyance exister, cela le rend indigne d’être aimé, et qu’il n’aura donc jamais la nourriture et la connexion dont il a besoin.

L’unité et la confiance sont alors perdues. L’insécurité et la douleur qui en découlent sont si grandes que nous ne pouvons imaginer continuer à rester en contact avec ces blessures, dans un état de vulnérabilité et d’ouverture.

 

L’égo qui s’était d’abord structuré comme un mécanisme réflexif de conscience de soi, se développe alors dans une nouvelle forme : comme un moyen de protection, et il met en place une armure énergétique et psychosomatique (en nous et autour de nous) qui cherche à nous protéger, à compenser les images négatives que les croyances ont créées, et à rétablir l’équilibre perdu.

Cette activité protectrice de l’égo tourne autour de trois grandes orientations, elle cherche :

-    soit à trouver un reflet valorisant de soi dans la relation avec chacun des objets et situations avec lesquels nous entrons en contact,

-    soit à compenser les blessures, manques, et traumas que nous avons expérimentés,

-  soit à éviter d’être à nouveau confronté à ces blessures ainsi qu’à faire face aux croyances négatives qui y sont associées.

 


 

Le maintien en place de cette armure génère une grande activité et crée un filtre qui agit comme un miroir déformant à travers lequel nous évaluons nos expériences intérieures et extérieures.

 

 

 

 

Mais le filtre est basé sur les croyances négatives qui se sont installées, il va donc avoir tendance à interpréter les expériences comme une confirmation de ces croyances négatives. 

 

Ainsi, ce que nous percevons et ressentons n’est plus la réalité, mais le fruit de la projection de ces images de nous mêmes : comme si nous percevions la réalité à travers des verres colorés qui teintent notre expérience et projettent notre monde intérieur dans ce que nos percevons de l’extérieur.

 

Ces projections validant les croyances limitantes déjà installées, l’égo va alors se mettre à lutter contre tout ce qui est vécu, dans la mise en place d’un conflit permanent avec notre expérience.

Ce conflit avec l’existence va générer une grande activité mentale qui va évaluer chaque élément à travers les conditionnements, les filtres et les barrages qui ont été créés : « j’aime/je n’aime pas », « c’est bien/ce n’est pas bien », « cela peut exister/cela doit disparaître », « j’en veux encore plus/je ne veux pas expérimenter cela »…

De là, des stratégies se développent pour essayer de tenir à distance les expériences qui menacent l’équilibre de l’égo, ainsi que pour essayer d’atteindre ce dont il imagine avoir besoin.

Par exemple, dans une situation relationnelle où l’égo se sent insécure, il peut mettre en place une stratégie où il va tenter d’avoir l’air gentil ou aimable pour recevoir de meilleurs signaux des autres personnes, et donc se sentir plus sécure. Il peut aussi choisir d’avoir une attitude agressive ou froide dans le but de de cacher son insécurité, ou de déstabiliser les autres, et d’augmenter son impression de contrôle pour se sentir plus en sécurité. 

Et entre ces deux exemples, on trouve un mandala infini de variations des modes de contrôle possibles et imaginables.

 

Toute cette activité de conflit va occuper la plus grande partie de notre attention, et va générer une contraction énorme dans notre être. Cette contraction va voiler la réalité de notre véritable nature, et nous couper encore plus profondément de notre Essence.

Cette dissociation avec notre être nous amène à nous sentir séparés, divisés, incomplets et insatisfaits – ce qui augmente encore plus le niveau d’insécurité intérieure, et qui nous conduit à imaginer que le meilleur moyen de retrouver un certain niveau de sécurité est de renforcer la structure de protection mise en place par l’égo.

La boucle se referme alors pour nous maintenir prisonniers dans l’identification à cette activité de l’égo qui s’entretient elle même.

 

Pour sortir de cette boucle et des chaines de souffrances qui en découlent, on pourrait avoir tendance à penser qu’il faut détruire l’égo. C’est d’ailleurs ce que certaines voies spirituelles ont tendance à prôner.

Mais la part de nous qui chercherait à détruire l’égo ne serait qu’une autre facette de ce même égo – vêtu ici d’un costume plus spirituel – et qui continuerait, dans sa grande arrogance, d’imaginer savoir ce qui devrait exister ou disparaître. Si on s’engage dans cette direction, on est donc à nouveau piégé dans le conflit intérieur et dans la contraction. On est à nouveau embarqués dans un cycle sans fin de souffrances.

 

Ce qui va nous permettre de nous libérer, c’est de laisser l’expérience être éclairée par la lumière de notre conscience.  

L’égo n’a pas besoin d’être détruit ou transformé, il a seulement besoin d’être vu pour ce qu’il est : une simple activité.

Voir que l’égo est simplement une activité (et pas quelque chose de concret) est la voie qui permet de nous en détacher. Cela crée une distance qui permet de voir au delà de l’illusion que l’égo entretient, qui permet de voir que l’égo n’est pas ce que nous sommes.

En effet, le fait qu’il y ait cette activité de l’égo à l’œuvre – avec ces images et pensées relatives à la personne que nous imaginons être, et le sens de séparation qui va avec – ne signifie pas pour autant qu’il existe réellement en nous une entité correspondant à ces images.

Ces images, pensées, souvenirs, activités réflexives mises en place par l’égo, sont des mouvements qui apparaissent dans l’espace de notre conscience mais qui ne disent rien de vrai sur ce que nous sommes. Ce sont juste des mouvements conditionnés, temporaires et impermanents. Nous existons indépendamment de ces mouvements.

La question à ce poser est donc la suivante : suis-je réellement ces voix ou ces images de moi dans ma tête, ou bien suis-je ce qui les perçoit ?

Ensuite, en mettant ce questionnement en pratique, dans la lumière de notre conscience, la réalité ne peut que se révéler pour nous montrer que ce que nous sommes réellement, c’est ce qui perçoit ces mouvements de l’égo et des pensées.

Revenir à l'expérience directe de notre nature profonde de Conscience illimitée, revenir à une immersion dans l’expérience de l’Être pur, nous permet de mettre un terme à notre association avec l'activité de l’égo.

L’ego n’a donc plus besoin de changer, c’est nous qui, par un retour à notre vraie position, pouvons réaliser que nous ne sommes pas l’entité limitée qu’il nous présente.

 

Plus l’égo sera vu comme quelque chose qui n’est pas vrai (dans le sens où il n’est pas réellement ce que nous sommes), plus il perdra de sa force et de sa consistance, et plus nous pourrons nous ouvrir à un mouvement plus profond en nous, où nos actions, pensées et paroles pourront émerger d’un espace en dehors du cadre limitant dans lequel l’égo nous maintenait.

Nous sommes alors libres d’être ce que nous sommes réellement. 


Patrick BOULAN

 

 

lundi 11 octobre 2021

RAMANA MAHARSHI

 

" Le Yoga n’est rien d’autre que la cessation des pensées que vous êtes différents du Soi, ou de la réalité.

Tous les Yogas – Karma, Jnana, Bhakti ou Raja – sont seulement différents chemins qui, par des modes d’évolution spécifiques, vont s’adapter à des natures humaines différentes, pour aider les êtres à sortir de cette notion si tenace et attachante qu’ils sont séparés du Soi. 

Il n’est pas question d’union en Yoga dans le sens de rejoindre ou se reconnecter avec quelque chose qui est distant ou différent de vous, car vous n’avez jamais été – et ne pourrez jamais être – séparés du Soi. "

 

 



 

" « Qui suis-je ? » n’est pas un mantra. Investiguer votre expérience par ce questionnement signifie que vous devez trouver d’où en vous émerge la pensée « JE » qui est la source de toutes les autres pensées. " 


Ramana Maharshi



"Il n'y a pas plus grand mystère que celui-ci : étant la réalité, nous cherchons à atteindre la réalité. Nous pensons que quelque chose nous cache cette réalité et que cela doit être détruit pour pouvoir l'atteindre.
C'est ridicule !
Un jour viendra où vous rirez de vos efforts passés, et ce qui sera présent ce jour-là est déjà pleinement existant ici et maintenant."

dimanche 3 octobre 2021

DU SOI CONCEPTUEL AU SOI AUTHENTIQUE

Questionner les pensées : un outil pour découvrir notre Soi authentique

 

Le soi illusoire, ou Égo - ce concept de nous-mêmes que la pensée a créé – est ancré dans une expérience de séparation et dans des sentiments d’incomplétude, d’insatisfaction et d’insécurité. 

De ce fait, il génère sans cesse des pensées et des désirs pour essayer d’échapper à ces sentiments, pour renforcer son contrôle sur les choses, et pour tenter d’atteindre le bonheur et l’équilibre par l’obtention de ce qui paraît lui manquer intérieurement. 

 

Le fait d’être identifiés à ce sens de nous-mêmes, à ces désirs et aux innombrables pensées qui les génèrent et les entretiennent, nous maintient dans une forme d’illusion qui provoque une grande souffrance.

Cette souffrance est en premier lieu la conséquence de se croire séparés de la source. Mais elle est aussi la conséquence directe du conflit permanent que l’égo entretient avec la vie, de cette volonté de constamment avoir une expérience différente de celle qui est présente, ainsi que de la contraction qui en découle.

 

Il ne s’agit pas ici de juger ces mécanismes, ni de les condamner. Ils font partie de notre constitution d’être humains.

Mais on peut aussi avoir le désir de ne plus souffrir ou de s’en libérer, et de découvrir et incarner ce que nous sommes vraiment.

Ce désir ultime de liberté, plus profond que tous les autres désirs, nous conduit à la recherche d’un bonheur et d’une paix qui ne sont pas soumis à condition et qui ne dépendent ni de la satisfaction de telle ou telle envie, ni d’un contexte particulier, ni d’un état à atteindre dans un futur plus ou moins proche.

Cette quête, lorsqu’elle reste ancrée dans la réalité (et qu’elle ne devient pas un moyen pour l’égo de se parer d’une nouvelle aura plus spirituelle et/ou plus élevée), va naturellement amener une profonde remise en question. 

 

Si cette remise en question se traduit par une ré-évaluation de la nature des pensées et des désirs, on va d’abord pouvoir réaliser que l’égo ne sait pas ce qui peut nous rendre réellement heureux ou épanouis.
  
 
 

L'égo croit savoir, il prétend savoir, mais il ne sait pas ce qui peut nous amener à l'expérience d'un équilibre durable.

Et dans son ignorance, il crée une grande agitation pour aller dans une direction, puis dans une autre, cherchant à contrôler son environnement tant intérieur qu’extérieur, dans l’attente de trouver l’amour, l’attention, la reconnaissance, la sécurité, le contentement ou la paix qui lui font défaut. 

Mais cette agitation ne fait que produire plus de tension et d’insécurité, car l’égo cherche le bonheur et la paix là où ils ne peuvent se trouver !  

 

En effet, la source d’un bonheur durable et équilibré ne peut pas résider dans le fait d’avoir plus d’attention, de succès, de pouvoir, ou d’acquérir plus de biens matériels.

Lorsque l’on obtient ces éléments, il semble que cela nous rend heureux. On ressent effectivement une forme de bonheur temporaire. Mais force est de constater que le bonheur atteint ne dure pas.

Et inévitablement, au bout de quelque temps, le mental et l’égo vont se focaliser à nouveau sur ce qui parait manquer, ce qui semble être insuffisant ou ce qui devrait changer dans l’expérience pour retrouver ce bonheur qui paraît avoir disparu. 

De là, le conflit intérieur se remet en place et nous sommes à nouveau entrainés dans une nouvelle boucle de souffrance.

 

Ici, il est important de faire une parenthèse pour expliquer comment la pensée, en  créant une vision distordue de la réalité, recrée inévitablement la souffrance :

Ainsi, quand l’égo atteint la satisfaction d’un désir, la contraction et le conflit actifs dans l’être s’estompent momentanément.

Dans ce relâchement, on fait alors l’expérience d’un état d’ouverture et d’accueil qui permet de stopper pour un moment la fuite en avant et la quête compulsive dans laquelle nous sommes impliqués. Se produit alors une ouverture naturelle à l’Être, et les qualités inhérentes à notre nature profonde vont pouvoir être ressenties, procurant détente, bonheur et satisfaction.

Pourtant c’est à ce moment là que le mental, dans sa vison très limitée et partielle de l’expérience, recrée les germes d’un nouveau cycle de souffrance.

En effet, la pensée imagine que le contentement ressenti est la conséquence de la réalisation du désir – la pensée croit que le bonheur réside dans l’objet obtenu.  La pensée n’a pas le recul suffisant pour voir que le bonheur est la conséquence de l’arrêt momentané du conflit intérieur et des tensions qui en découlent.

A cause de cette illusion, lorsqu’un élément extérieur ou un ressenti intérieur viendront égratigner le vernis de l’image de ce qui a été enfin atteint, le conflit va se restructurer, le moment de répit paraît perdu, et la quête du bonheur dans une expérience future ou dans la possession d'un nouvel objet se remet en place.

 

Heureusement, la vie est beaucoup plus simple !

Mais si l’on souhaite être libre et réaliser une forme de bonheur et de paix qui ne sont pas soumis à condition, une investigation plus poussée de la nature de la pensée s’avère nécessaire.

 

Cette investigation va pouvoir nous conduire à réaliser, comme nous venons de le voir, que les pensée (et les désirs et attachements qu’elles engendrent) ne nous conduisent jamais à l’expérience d’un bonheur durable, elles sont la plupart centrées sur la recherche d'une satisfaction immédiate et sur les stratégies à mettre en place pour compenser les peurs et les images défaillantes ou diminuées du faux soi.

Mais l’investigation, si elle questionne notre expérience de façon plus approfondie, peut aussi nous amener à percevoir que ce que nous croyons être, ces images de nous mêmes, ou ce point de référence central au cœur de notre expérience, ne sont pas vraiment réels, et que ce qui dit « Je » en nous n’a rien à voir avec le sens de la personne auquel nous sommes identifiés.

Ainsi, si on voit que les pensées ne nous montrent pas la bonne direction, et si on voit également que la personne qu’elles mettent en scène n’est pas vraiment réelle, on va naturellement pouvoir commencer à remettre en question les mouvements du mental et de l’égo et à vraiment prendre du recul avec ces suggestion incessantes dans notre tête.

 

Le fait de percevoir que la plupart de nos pensées ne sont pas réellement utiles, et qu’elles ne sont pas non plus vraies, nous amène à être moins sujets aux mirages auxquels elles tentent de nous faire croire.

On peut alors également réaliser que toutes ces pensées qui créent une image de nous mêmes, qui génèrent le passé et le futur, les croyances, les opinions, les désirs et le contrôle, ne sont pas nécessaires pour fonctionner dans le moment.

Elles sont - et ont toujours été - une surimposition qui n’est qu’une interprétation partielle et conditionnée de la réalité : interprétation qui ramène toute notre expérience à un point de référence central (la personne), qui génère une narration autour de l'expérience pour valider les croyances déjà existantes, et qui restreint notre expérience au cadre de la dualité.

 

Ces prises de conscience peuvent nous ouvrir l’accès à un espace plus profond dans lequel notre attention peut se détacher des mouvements du mental pour s’ouvrir à quelque chose de plus vaste que les pensées.

Cette ouverture va favoriser une reconnaissance plus complète de notre nature profonde.

 

Ainsi, sans cette addiction à cette surimposition mentale, sans notre participation dans l’illusion que créent les pensées, sans notre croyance, notre attention peut se détacher des pensées et de l’écran de fumée qu’elles génèrent. 

Et lorsque notre attention est plus ouverte et détendue, l’Être, ainsi que  la Présence consciente qui l’accompagne, se révèlent peu à peu, nous permettant d'entrer en contact avec la nature profonde de la réalité (et non plus avec l'interprétation que les pensées en font).

Et en s’ouvrant et s’abandonnant de plus en plus à cette réalité, on peut faire l’expérience de ce Soi authentique qui n’est pas quelque chose, mais plutôt à la fois la conscience et l’expérience de tout ce qui est présent à chaque instant. 

On découvre qu’il y a simplement la vie, l’expérience qui se déploie, dans cet espace où toutes les dualités se fondent dans une même unité.

Dans le contact avec ce Soi authentique, ses qualités de paix, d’amour, de compassion, de clarté, de sagesse et de contentement serein peuvent colorer de plus en plus notre expérience, et nous pouvons réaliser que ce que nous cherchions était déjà là, au cœur même de notre Être, en amont des pensées.

 

Patrick BOULAN

L' ESSENCE DE LA MÉDITATION

L’ESSENCE DE LA MÉDITATION

 

La méditation dans son aspect le plus pur, le plus fondamental, est bien au delà de toute technique et de tout effort : elle est l’art de ne rien faire

 

Ne rien faire signifie que l’on ne va surtout pas chercher à contrôler, apaiser ou arrêter les pensées, que l’on ne va pas non plus chercher à atteindre quoi que ce soit, ni à créer une expérience différente de celle qui est présente dans le moment. C’est un arrêt pur et simple de toute tentative pour essayer de manipuler ou contrôler notre expérience.

 

Notre véritable nature de pure Conscience, ainsi que ses qualités de silence et de paix sont déjà présents.

Oui, le silence est tout le temps présent ! C’est une des qualités de la Conscience que nous sommes, une des qualités de l’espace dans lequel les pensées apparaissent. On ne va donc pas trouver ce silence dans une expérience mentale puisqu’il existe en dehors de la sphère des pensées, et il n’a surtout pas besoin d’être créé ou manufacturé puisqu’il est déjà présent.

 

Si on imagine que c’est par une activité ou un contrôle sur les pensées que l’on va arriver à générer le silence ou la paix, nous sommes piégés dans une illusion. Et nous nions la réalité de notre nature profonde, en partant du postulat que ce silence ou cette paix ne sont pas déjà présents.

Cette illusion va devenir un obstacle car elle va accaparer toute notre attention en la maintenant focalisée sur ce qui est à l’œuvre au niveau des pensées et des images, nous laissant ainsi inconsciemment concentrés sur ce qui se passe dans la sphère de l’activité mentale et des efforts à l’œuvre pour changer certains paramètres de notre expérience, ou pour atteindre un état différent.

En outre, chercher à contrôler les pensées produit encore plus d’activité mentale.

Lorsque notre attention est ainsi centrée sur les pensées et sur l’activité et le contrôle qu’elles génèrent, nous sommes focalisés sur le bruit. C’est donc plus difficile de percevoir que le silence est déjà là, juste autour du bruit et de l’activité.

 

De la même façon, si je vous demande : « Que percevez-vous  de la pièce dans laquelle vous vous trouvez ? » Dans votre réponse, vous évoquerez sans doute plein de détails sur des objets ou des éléments présents dans la pièce, mais il y a peu de chances que vous mentionniez l’espace. Et pourtant l’espace est là ! C’est même l’élément le plus prépondérant à l’expérience de la pièce et à l’existence de tous les objets qui la composent.

C’est la même chose avec le silence. Le silence est la qualité de l’espace dans lequel les pensées vont et viennent.

 

C’est donc pour cette raison que l’on fait le choix de ne rien faire.

Ne rien faire permet à notre attention de se défocaliser des pensées et de l’incessante activité de conflit et de contrôle qui les accompagne. Parce que ce « ne rien faire », ce non effort, est déjà ce qui est à l’œuvre au cœur de notre nature profonde.

Ainsi, en alignant l’attitude de la personne avec les qualités d’absolue passivité et de transparence de la conscience, une ouverture à ce qui est peut se produire. 

Dans cette ouverture, notre attention se détend, s’ouvre, se décollant ainsi des objets (ici, principalement les pensées) pour commencer à percevoir le contexte, le contenant : l’espace dans lequel les objets apparaissent.

Et plus notre attention se détend, plus nous restons sans effort, et plus notre nature profonde se révèle à nous, déployant également ses qualités de paix, de silence et d’espace qui sont alors perçus comme étant des éléments fondamentaux à toute expérience.

Quand on ne fait plus rien, ce qui est là et qui n’est pas le fruit d’une activité ou d’un effort se révèle.

 


 

Donc ce qui est nécessaire dans la méditation, c’est un arrêt du contrôle, un arrêt de toute recherche d’une expérience particulière. 

On laisse aussi tomber toute forme de concentration, toute forme de technique, toute forme de manipulation de notre expérience.

On laisse l’effort et le « moi » se retirer du chemin, allant même jusqu’à abandonner la position de méditant ou de méditante, la position de témoin. C’est un abandon total, un retour à l’absolue simplicité d’être !

Le reste, votre Soi authentique, votre véritable nature, se révèle de façon compétemment naturelle. Et vous pouvez alors découvrir que la méditation n’est pas quelque chose que vous faites, mais plutôt une dimension de l’être qui est tout le temps dans un état méditatif profond, dans un état de pure présence et de quiétude infinie.

 

Faites confiance au processus.

Cela ne peut pas ne pas se révéler car c’est déjà là, c’est déjà ce que vous êtes. Ce n’est pas comme si vous deviez devenir quelque chose, ou créer le silence. Si c’était le cas vous pourriez peut être ne pas y arriver. Mais là, cette Conscience, ce Soi, c’est déjà ce que vous êtes ! Ce silence, cette paix, cette quiétude, font déjà partie intégrante de ce que vous êtes !

Et quand tout effort s’arrête cela devient une évidence.

 

Patrick Boulan

Enseignement donné au cours de méditation du 16-10-2020


samedi 11 septembre 2021

L'IDENTIFICATION AUX PENSÉES

" Parce que vous imaginez que vous êtes cette image de vous même crée par la pensée, vous croyez avoir perdu la quiétude. Alors vous créez une nouvelle pensée centrée sur l'activité à mettre en place pour retrouver ce qui a prétendument été perdu. Et ensuite encore une nouvelle pensée au sujet du succès ou de l'échec de cette reconquête. Puis une autre pensée déterminant combien  vous êtes géniaux ou terribles, selon le degré de réussite atteint. 

Vous devez reconnaitre cela!!!

Pendant tout ce processus, il y la présence de cette vaste et infinie quiétude, consciente de tout ce processus de pensée, sans en être affectée. (...)

Et tout ce qui vous empêche de vous reconnaitre comme étant cette conscience éternellement en paix, c'est le fait de croire ces pensées qui prétendent que vous n'êtes pas cela (ou de suivre d'autres pensées qui prétendent que vous êtes cela). "

GANGAJI

 



" Ne regardez pas les pensées, mais recherchez celui ou celle qui croit aux pensées, recherchez depuis la conscience jusqu'à l'objet extérieur. Celui ou celle qui suit ou croit les pensées est aussi une pensée.

Quand vous réalisez que les deux sont des pensées (la pensée et ce qui s'y identifie), vous êtes dans votre position originelle. 

Laissez alors les pensées émerger puis disparaitre. Vous restez cette pure Présence inconditionnelle qui n'est pas affectée par le jeu de l'illusion.

Cela est la plus haute compréhension. "

PAPAJI

mercredi 8 septembre 2021

MÉDITATION ET CONSCIENCE

 LA RÉALISATION DE NOTRE NATURE DE PURE CONSCIENCE DANS LA MÉDITATION

Question : "Je suis consciente d'être consciente, je suis consciente d'être avant tout ce que je perçois dans mon expérience ; je ressens la présence mais je ne sais pas comment faire pour reconnaitre ce que je suis, ce que la conscience est. 

Est ce que je dois reprendre l'investigation autour de la question : "qu'est ce que Je suis" ? Ou bien est-ce que je ne fais rien, est-ce que j'abandonne quand je suis dans la conscience? Je sens que je tourne autour de cette reconnaissance, qu'elle est proche, mais je n'y arrive pas."


Patrick : Ce que tu décrit ici est absolument normal, car reconnaître la conscience entraine un changement de paradigme : on ne peut pas connaître la conscience comme on connait les autres objets. 

La façon dont je suis habitué à connaître c'est en créant une relation duelle : connaître est une activité, une relation, qui se met en place entre un sujet (moi) qui perçoit et l'objet (autre que moi) qui est perçu. Par exemple : je regarde ma montre, donc moi, le sujet, j'observe l’objet nommé « montre », je peux la regarder sous toutes ses coutures, peut être même la démonter, et cela va me donner l'impression de la connaître.

Mais quand on va aborder l'expérience de la conscience, on va se retrouver complètement en dehors de cette relation duelle puisque ce qui connaît la conscience, c'est la conscience elle-même. Ici, les notions de sujet et d’objet fusionnent pour se fondre en une seule et même unité. C’est la conscience qui se reconnaît elle même, et la conscience n’est pas quelque chose que l’on peut extraire du contenu de notre expérience pour l’observer, la conscience est cela d’où la perception se fait. 

 

C'est donc normal de ne pas pouvoir percevoir la conscience puisque cette conscience n’est pas quelque chose, ce n’est pas un objet. 

Et finalement, on pourrait dire que ne pas savoir comment faire pour reconnaître ce que la conscience est, c'est cela connaître la conscience. C'est réaliser que quelque chose est là, je le perçois, je le ressens, c'est une évidence - d'ailleurs il n'y a rien de plus évident que cela - et pourtant je ne pourrais jamais savoir ce que c'est exactement... parce que ce n’est pas un objet que je peux étudier comme je suis habitué à observer tous les objets de mon expérience. La conscience est plus un verbe qu’un sujet, c’est le fait de percevoir, de connaître, et dans cette connaissance, les notions de sujet et d’objet se dissipent.

Le mental aimerait bien pouvoir définir la conscience comme un objet et dire : "Voilà, c'est ça ! C'est là !", pour ensuite venir planter son drapeau dessus, clamer sa victoire, et pouvoir retrouver le chemin pour y retourner quand il le veut. Mais  cela ne peut pas fonctionner comme cela, parce que la conscience n'est pas quelque chose qui peut être objectivé. Et même donner le nom de conscience, c'est déjà trop, c’est déjà donner une forme de limitation. 

 

Quand on rentre en contact avec la réalité de la présence de la conscience, on se rend compte que c'est un mystère sans fond et sans fin, qui reste insaisissable mais qui pourtant peut être pleinement expériementé. 

Et face à ce mystère, tout ce qu'il y a à faire c'est de s'abandonner. 

 

 

Ce mystère se dévoilera à son rythme, révélant parfois certains aspects, certaines qualités, certaines facettes, mais cette conscience étant infinie, le mystère aura toujours plus à nous révéler. 

Donc cela veut dire que l'on ne pourra jamais connaître ce que l'on est - cette pure conscience - de la façon dont on est habitués  à connaitre avec la pensée. C'est la conscience qui se reconnaît à elle-même. C’est la conscience qui est consciente d'elle-même.  Et le meilleur moyen d'exprimer cette réalité c'est le silence parce que les mots sont toujours réducteurs. D'où la phrase du Tao « le Tao dès qu'il est exprimé, n'est plus le Tao. »

Je réponds maintenant à l’autre partie de la même question : « Est ce que je dois reprendre l'investigation autour de la question "que suis-Je" ? Ou bien est-ce que je ne fais rien, est-ce que j'abandonne quand je suis dans la conscience ? »

Et bien oui, voilà c'est exactement cela : s'abandonner à ce qui est là maintenant. 

« Je sens que je tourne autour de cette reconnaissance, qu'elle est proche, mais je n'y arrive pas. »

Ce petit effort d'essayer d'y arriver, tu peux essayer de le laisser tomber, de t'en détacher, parce que c'est cela qui entretient la séparation et l'idée d'une personne qui est arrivée à la conscience. 

Évidemment, cette idée d’y arriver est une création de la pensée, qui continue de générer l’idée d’un soi séparé qui doit arriver quelque part. Mais il n'y a personne qui arrive à la conscience ou qui réalise la conscience, il y a juste la conscience qui se réalise elle-même. 

Laisse aller tout effort et vois comment c'est possible de simplement s'abandonner à ce qui est, sans chercher à comprendre ou à analyser, mais plutôt en ressentant. La conscience se révèle alors comme l'élément éternel et immuable de notre expérience, et le mystère infini de ton Soi authentique va continuer de se dévoiler.

Pour finir, je ferais référence à cette citation de Taisen Deshimaru parue dans  "La pratique du Zen" : "Il n'y a rien à obtenir. rien à devenir. Ne pas chercher la vérité, ne pas fuir l'illusion. Simplement être présent, ici et maintenant, dans notre esprit et dans notre corps. Alors apparait la conscience profonde et pure, universelle et illimitée."

 

Patrick Boulan