mardi 4 janvier 2022

ALCHIMIE DE LA HONTE (Partie 1)

STRUCTURATION DE LA HONTE DANS LE PROCESSUS DU DÉVELOPPEMENT DE L’ENFANT

 

A partir du moment où nous arrivons au monde, c’est par notre famille que nous allons apprendre à nous connaître et construire notre sens de l’identité.

Cette identité se développe au fil du temps par le reflet que nous renvoient d’abord les parents, les frères et sœurs et la famille proche, ensuite les enseignants ou les figures d’autorité.

Si le reflet qui nous est renvoyé est positif : si nous nous sentons aimés et appréciés pleinement, et si nos sentiments et besoins sont reconnus et validés, alors nous allons développer un sens du soi positif et équilibré qui favorisera la confiance en nous mêmes et en nos ressentis et aspirations, ainsi qu’une relation de positive avec les autres et le monde extérieur.

Quand les besoins de l’enfant sont remplis, la honte lui permettra d’appréhender sainement ses limites, d’évaluer lorsqu’il fait des erreurs, de se remettre en question et d’intégrer ce qui est socialement acceptable et ce qui ne l’est pas.

Si le reflet qui nous est retourné est plus négatif : si nous faisons face à trop de critiques, de jugements, à des pressions ou attentes trop grandes, à trop de contrôle, ou si nos besoins ne sont pas respectés, alors nous allons développer un niveau de honte proportionnel à l’importance des images négatives qui nous sont renvoyées.

Dans ce cas, une forme toxique de la honte se met en place et se greffe à notre sens de l’identité, nous amenant à nous percevoir comme déficients, anormaux, imparfaits ou pas assez bien. Cette honte va nous couper de nos ressentis profonds et créer un fossé d’indignité qui va se creuser entre nous et notre environnement.

 

Cette honte dans sa forme toxique se met en place pendant toutes les étapes de l’enfance.

C’est lorsque l’enfant est confronté aux dérèglements et insuffisances des parents et du système familial que le processus s’opère.

Face aux situations problématiques ou aux manques, l’enfant sent (et ressent dans son corps) qu’il y a quelque choses qui ne va pas. Mais l’enfant ne peut comprendre que ce qui lui est naturel : le lien d’amour, l’accueil et la bienveillance. Sans la possibilité d’avoir une vision plus élargie, il ne peut pas comprendre que les dysfonctionnements proviennent par exemple du stress des parents, ou de leurs propres traumas non résolus de l’enfance, et que tout cela n’a rien à voir avec lui de façon directe.

A cause de ce manque de recul, l’enfant n’a alors d’autre choix que de se percevoir comme la cause de ce qui ne va pas. Ainsi, à chaque moment où le contact est perdu avec l’amour et la connexion des personnes qui comptent pour lui, l’enfant se sent responsable et met en place des conclusions négatives sur ce qu’il est, associant ainsi la honte (dans sa forme toxique) à son sens de l’identité.

 


De façon générale on peut dire que la honte émerge lorsqu'il se produit une rupture dans le lien de connexion et d'appartenance. Cela conduit à pouvoir dresser une liste des facteurs principaux qui vont favoriser la mise en place d’une honte toxique chez l’enfant :

-       Les besoins de l’enfant (reconnaissance, sécurité, amour, contact, affection, validation, écoute…) ne sont pas remplis.

-       Les besoins de l’enfant rentrent régulièrement en conflit avec les besoins des parents.

-     Toute forme d’abus, d’invasion ou de non respect des limites émotionnelles, physiques ou sexuelles.

-       Abandon ou séparation physique d’un ou des deux parents ou des figures parentales.

-       Ne pas avoir été désiré en tant qu’enfant.

-       Être humilié lors des échecs, ou culpabilisé lorsque l’on commet des erreurs.

-       Être traité avec condescendance, infantilisé, voir notre avis ou nos ressentis non validés ou non pris en compte.

-     Être jugé, rabaissé, humilié ou subir des moqueries. Ou être comparé négativement à d’autres personnes.

-       Voir certains de nos sentiments profonds ou certaines émotions jugés ou condamnés.

-       Subir trop de pressions pour réussir ou être différents de ce que nous sommes.

-       Ne pas être encouragés et accompagnés dans notre processus de découverte du monde.

-       Subir trop de contrôle ou grandir dans un cadre trop contraignant.

-       Être le jeu d’une forme de manipulation pour jouer un rôle dans la famille ou avec un des parents.

-       Ressentir que notre besoin d’autonomie met en danger la connexion avec nos parents.

-       Avoir des parents trop stressés ou peu disponibles.

-     Avoir des parents emplis eux-mêmes de honte, et n’offrant donc pas un modèle qui montre que l’on peut dignement être tel que l’on est.

 

Une fois que la honte est cristallisée, avec la batterie d’auto-jugements et les peurs qui en découlent, elle se greffe à la structure de la personnalité pour générer un sens de soi qui se perçoit comme anormal, imparfait, déficient ou pas assez bien.

La honte va aussi se lier avec les sentiments profonds de l’enfant, avec ses besoins et ses pulsions pour les désavouer et/ou les condamner.

Un carcan est alors créé autour de l’être, qui se sent indigne et insuffisant, et qui doit se cacher des autres et de lui-même. La peur maintient le carcan en place en imaginant que si nous dévoilons ces parts déficientes, nous allons être jugés ou rejetés.

Pour pouvoir survivre, l’enfant est alors obligé de mettre en place des stratégies qui vont aboutir à la  création d’un soi factice, d’une personnalité construite autour :

-      des moyens élaborés pour essayer d’obtenir des signaux positifs de la part des autres ou de l’environnement,

-       des choses à cacher ou à mettre en avant pour avoir plus d’affection et de reconnaissance,

-      de façons de conceptualiser les autres et le monde pour se sentir plus à sa place ou plus important.

 

La personnalité ainsi créée va avoir tendance à prendre la place du soi originel et à totalement l’occulter.

La souffrance et la contraction qui en découlent deviennent la nouvelle normalité, et le piège se referme, laissant l’être enlisé dans une création qui le maintient de plus en plus loin de lui-même, ce qui renforce le sentiment de dépréciation intérieure. 

Le mécanisme est alors suffisamment puissant pour continuer à s’auto-entretenir tout en se développant et se renforçant avec l'âge.

 

 

 Patrick Boulan

ALCHIMIE DE LA HONTE (Partie 2)

L'ÉMOTION ET SES CONSÉQUENCES 

Dans son aspect positif, la honte est une émotion qui nous permet d’appréhender nos limites, d’évaluer lorsque nous commettons des erreurs, ou lorsque nos comportements ont des conséquences négatives pour les autres. C’est un outil qui nous permet d’intégrer les normes sociales, de grandir et de nous remettre en question.

Dans son aspect toxique, on peut définir la Honte comme une coloration de notre expérience nous amenant à ressentir que ce que nous sommes n’est as suffisant,  ou que nous sommes imparfaits ou déficients.

 

Cette émotion, dans sa forme toxique, nous amène à avoir une expérience négative de nous-mêmes. Elle crée une contraction énorme de tout notre être qui, parce qu’il est aux prises avec des sentiments d’infériorité, d’inadéquation, ou d’incompétence, perd sa capacité à se projeter positivement dans le monde.

Un repli de notre énergie vers l’intérieur se met ainsi en place, nous coupant de  nos ressentis profonds et créant une déconnexion avec notre nature authentique, tout en nous maintenant dans une forme de transe.

Dans cette transe, c’est comme si toute notre énergie était recouverte d’un épais nuage sombre, nous faisant comme rétrécir ou nous affaisser intérieurement, nous faisant douter de nos propres ressentis et de nos capacités, et nous amenant à voir le monde comme un endroit risqué et menaçant qui ne peut que refléter notre déficience.

La honte est ensuite maintenue en place par tous les jugements intérieurs qu’elle génère et qui, en nous évaluant face à chaque expérience, nous ramènent à ces sens d’inadéquation et d’insuffisance, nous faisant comprendre que nous devrions ressentir ou agir différemment et que nous devrions nous améliorer ou changer si vous voulons nous montrer dignes de l’amour et de la reconnaissance que nous recherchons.

Une fois que les jugements négatifs sur soi sont installés, la honte est intériorisée et fonctionne de manière autonome. 

Le mental, conditionné par les jugements qu’il a construits, va puiser dans l’environnement les informations qui vont valider ces croyances négatives et va imaginer un monde où les autres paraissent s’en sortir mais où nous restons condamnés à nous percevoir comme s’il y avait quelque chose qui ne va pas chez nous. Et lorsque la honte est ressentie, elle est vécue comme une validation des jugements négatifs.

 

Avec la honte et les jugements, un grand nombre de comportements inconscients et de mécanismes d’auto-sabotage se mettent en place, nous piégeant dans des rôles et des stratégies qui nous coupent encore plus profondément de notre être authentique.

En effet, à cause des jugements (et de la comparaison qu’ils génèrent), la honte s’accompagne d’un déficit d’estime de soi, d’un manque d’appréciation de nos qualités, d’une dévalorisation de nos capacités, et d’une forme de mépris de soi. 

Rester avec ces images négatives de soi étant intolérable, des comportements vont se mettre en place pour nous permettre de les compenser : nous allons développer des façons d’être, des rôles et des stratégies pour tenter d’obtenir des autres cette validation, cette appréciation et cet amour qui nous font défaut, et pour apaiser la douleur du vide intérieur provoqué par la honte. Les stratégies vont prendre un nombre presque infini de variations, allant du perfectionnisme ou de la supériorité à diverses addictions, ou à la résignation et la dépression.

Cela va totalement modifier notre rapport à notre expérience intérieure et nos relations avec notre environnement :

Vis à vis de nous-mêmes : ces stratégies, tout en nous rendant dépendants des autres, vont nous obliger à mettre de côté notre vérité intérieure et à faire des compromis, à renoncer encore plus profondément à nous mêmes pour nous conformer à ce que l’on imagine qui est attendu dans chaque situation. Le fait de tourner ainsi le dos à nos ressentis profonds va renforcer le sentiment de dépréciation intérieure et nous faire nous percevoir comme encore plus fortement anormaux.

Face aux autres, la honte va créer un fossé, une distance et un profond manque d’intimité. En effet, comme l’on se perçoit comme médiocre ou incomplet, il devient difficile de laisser les autres rentrer dans notre sphère, car la peur nous suggère que si les autres s’approchent trop, ils vont prendre conscience de notre déficience et nous rejeter ou ne plus nous aimer.

Face aux situations de la vie et aux expériences, plus notre niveau d’auto-dévalorisation est important, plus cela va inviter le rejet ou les jugements de la part des autres, ou plus nous allons interpréter les réactions des autres comme du jugement, et ainsi confirmer le paysage intérieur.

Mécanismes d'Auto-sabotage : Lorsqu’un désir ou un élan va émerger en nous, et que nous allons nous projeter dans son accomplissement futur, la honte va faire émerger ces images négatives de nous mêmes. Pour ne pas ressentir la douleur qui va avec ces images, des mécanismes vont se mettre en place pour nous couper du désir pour nous éviter de prendre des risques et d’être confrontés à notre incapacité imaginée et à l’échec ou au rejet qui en découlent. Les mécanismes d’auto-sabotage cherchent de cette façon à nous éviter de sortir de notre zone de confort pour ne pas être confrontés à ces images négatives que la honte génère ou à l’échec.

 

Sortir de ces dynamique souvent très inconscientes demande un grand courage et de la détermination.

 

Mais c’est tout à fait possible :

-     D’abord en identifiant les différents domaines de notre expérience intérieure ou extérieure où la honte s’est construite (Corps et apparence, sexualité, expression de nos émotions ou sentiments, autonomie et reconnaissance de nos besoins, force et puissance, place dans le monde, créativité, liberté d’être soi…)

-     Ensuite en reconnaissant comment nous appliquons le déni face à cette émotion de honte, ou comment nous construisons des mécanismes pour essayer de lui échapper (jugements projetés sur les autres, mépris ou mise à distance des autres, pression excessive sur soi, déni, résignation…)

-      Enfin en acceptant de ressentir l’expérience de la honte, en nous ouvrant aux différentes façons dont la honte nous fait nous percevoir nous mêmes ou nous fait percevoir les autres et le monde.

-    Mais surtout en accueillant les sensations qui vont avec l’émotion, en ressentant ce rétrécissement et cette contraction de notre espace intérieur et en acceptant pour un moment d’incarner pleinement ces images négatives de nous mêmes que la honte nous présente.

 

Lorsque notre conscience vient ainsi éclairer notre expérience et lui offre un accueil suffisant, toutes ces couches d’émotions et de ressentis qui sont restés bloqués en nous à cause de la répression vont enfin pouvoir se libérer, et finalement nous quitter.

Ces parts que nous avons si longtemps rejetées sont enfin réunifiées à la globalité de notre être, et vont ainsi pouvoir se libérer des fixations avec lesquelles elles étaient aux prises.

Nous pouvons alors revenir à l’expérience de ce que nous sommes réellement, avant la construction de ces images et retrouver notre liberté.

 

Patrick BOULAN

 

Prochain stage TURIYA

 

mercredi 1 décembre 2021

AU DELA DES POLARITÉS "INFÉRIORITÉ/SUPÉRIORITÉ"

 LA CONFIANCE AUTHENTIQUE

La confiance naturelle est une qualité qui est une expression inhérente à notre nature profonde. Elle n’a rien à voir avec l’absence de peur ou d’insécurité, ni avec une forme de contrôle ou de mise à distance de parts plus vulnérables de notre expérience. Elle ne dépend pas de l’entretien d’une image de soi élevée, ni d’une narration intérieure en lien avec nos capacités, et encore moins d’une forme de comparaison aux autres.

Cette confiance naturelle est simplement la conséquence de notre ouverture aux parts sensibles, fragiles ou blessées que nous trouvons en nous, ainsi que de la reconnaissance de la capacité de notre Être à pouvoir les ressentir, les laisser être, et finalement à les aimer.

 

Dans notre expérience humaine, la vie ne peut pas manquer d’évoquer en nous des challenges ou des ressentis difficiles qui vont réveiller des parts de notre être aux prises avec des sentiments d’inadéquation, d’incomplétude, ou d’infériorité. Ces parts (ou sous personnalités) peuvent avoir l’impression de ne pas être assez bien, elles peuvent être aux prises avec un certain niveau de dévalorisation, elles peuvent se sentir faibles, démunies, inadaptées ou insignifiantes, ou croire manquer de certaines qualités.

Face à ces mouvements d’un sens du soi diminué - et face à la honte qui les accompagne - le mental/égo ressent une grande insécurité, car il imagine qu’il est impossible d’accepter l’expérience que cela nous invite à vivre, et qu’arrêter de luter contre ces représentations négatives reviendrait à devenir ce qu’elles nous suggèrent. Et lorsque l’égo projette ces  images diminuées dans le temps, il se perçoit comme indigne, inadapté et imagine alors ne plus pouvoir accéder à l’amour, la reconnaissance et l’attention nécessaires à son équilibre et à sa survie.

Dans sa vision très limitée de la réalité, l’égo va donc à résister à ces parts qui se sentent inférieures en trouvant des moyens de les tenir à distance, de les invalider ou en cherchant à les compenser.

 


Il va alors chercher à structurer des images qui sont à l’opposé de ces sentiments d’infériorité. Ces images vont avoir pour but de nous permettre de nous sentir plus importants, plus compétents, meilleurs ou plus forts. Elles vont nous rendre certains de détenir la vérité, ou nous faire croire que tout va bien chez nous, que nous sommes une bonne personne, que nous n’avons pas tel ou tel défaut, ou que nous sommes meilleurs que les autres.

Et ces images ne pouvant exister que dans la comparaison, elles vont aussi pointer les défaillances à l’extérieur, générant une grande activité en projetant sur les autres les jugements que nous avons en nous, de façon à  tenter d’amoindrir le niveau de dissonance intérieure.

Toutes ces images de nous mêmes sont un masque, une construction imaginaire. Elles peuvent procurer une sensation superficielle de confiance dans la comparaison qu’elles créent à notre avantage, mais elles nous entretiennent dans une forme de contraction énergétique, nous coupent de notre nature profonde, et nous font nous sentir séparés et divisés.

Et force est de constater que ces constructions ne changent rien à l’insécurité sous-jacente aux mouvements du soi déficient, et qu’elles renforcent la fragmentation de notre être.

En outre, ces fausses images vont devoir être défendues à tout prix (générant ainsi une grande résistance et un fort niveau de conflit face aux situations de la vie et face aux autres), précisément parce qu’elles sont fausses.

 

Tant que nous tournons le dos à ces parts vulnérables (qui sont aussi l’expression de notre humanité) en essayant de leur opposer une image compensatrice, nous mettons en place trois mouvements :

-       Dans un premier temps, nous renforçons ces parts ainsi que les croyances négatives qu’elles ont créé. En effet, si je dois prouver le contraire d’une croyance, c’est bien que j’imagine dans un premier temps que cette croyance dit quelque chose de vrai sur moi. La résistance valide donc la croyance négative et la renforce en lui donnant plus de consistance.

-     Dans un deuxième temps, la résistance et la compensation maintiennent les parts vulnérables dans l’ombre, les gardent inconscientes, leur donnant ainsi le pouvoir de diriger inconsciemment nos pensées et nos actions et de maintenir en place les mécanismes d’auto-sabotage.

-       Dans un troisième temps, le refus de rencontrer ces parts les prive de l’attention, de l’amour et de la reconnaissance dont elles auraient besoin pour pouvoir se transformer.

 

On voit donc clairement comment la résistance ne fait que maintenir la division intérieure et crée de plus en plus de souffrance.

 

Que faire donc pour sortir de cette souffrance et revenir à une confiance naturelle ?

Tout d’abord, lorsque nous identifions que nous sommes investis dans une activité de construction d’une image de nous mêmes qui se maintient dans la comparaison, commençons par ne pas nous en vouloir.

Comme on l’a vu plus haut, les jugements sur les autres sont un mécanisme de défense et de protection. Ils font partie du système d’adaptation qui nous a permis de tenir à distance les parts trop déstabilisantes de notre expérience, ces parts qui étaient perçues comme trop menaçantes pour notre équilibre et notre survie.

Les jugements sur nous mêmes sont les conclusions erronées que l’enfant a tiré de sa relation avec les aspects dysfonctionnels de son environnement. Mais l’enfant ne pouvait pas faire autrement car il ne disposait pas de la capacité de recul qui lui aurait permis de voir que les manques ou les blessures subis n’étaient pas la conséquence de son insuffisance.

Enlever la culpabilité de ces mécanismes et les voir comme quelque chose d’inhérent à notre humanité permet de prendre un certain recul et de commencer à voir les choses plus clairement.

 

Ensuite, nous pouvons ramener notre attention vers l’intérieur, et voir si il est possible de nous ouvrir à la narration à l’œuvre derrière ces jugements :

Si les jugements sont sur nous mêmes, pouvons-nous identifier le sens du soi diminué vers lequel ils pointent ?

Si les jugements sont sur les autres, quelle est la part vulnérable de notre être qu’ils cherchent à maintenir cachée ?

Puis, en restant connectés au corps et aux sensations, nous pouvons essayer d’accueillir les images défaillantes que nous avons identifiées et faire le choix, pour un moment, d’accepter l’expérience, la douleur et la contraction qu’elles nous invitent à vivre.

Car comme toute expérience, ces mouvements dans notre être sont temporaires. Ils n’ont pu rester en place si longtemps que parce que nous avons refusé de les ressentir, les privant ainsi de l’espace nécessaire à leur transformation.

L’espace donné par l'accueil va permettre également d’identifier les doutes, les peurs et toute la gamme de sentiments qui accompagnent les images de ce soi diminué. Laisser également ces sentiments et émotions nous traverser (en les ressentant en amont de la narration, sous leur forme énergétique la plus profonde, la plus organique = comme des sensations dans le corps) leur permet de se libérer.

 

Ne plus résister, et enfin ressentir ces parts dévalorisées de notre identité, c’est se tourner vers elles avec bienveillance et avec compassion, pour leur faire comprendre qu’elles n’ont pas tort de ressentir les choses de cette façon, qu’elles n’ont pas besoin de changer, et que, dans ce moment, nous pouvons enfin leur faire une place dans notre cœur et leur offrir un accueil inconditionnel.

Notre ouverture offrant à ces expériences l’espace, la liberté et l’attention dont elles ont besoin, les énergies stagnantes dans le corps vont alors peu à peu trouver leur résolution, les parts du psychisme bloquées dans l’expérience vont sortir de leur position figée, et les fausses images ou les jugements vont se dissoudre en perdant de leur consistance, jusqu’à ne paraitre plus rien dire de vrai sur nous.

 

Nous retrouvons alors une confiance naturelle qui est une des qualités de notre nature profonde. Cette confiance qui est inhérente à l’être. Cette confiance qui est ancrée dans notre capacité à pouvoir ressentir toutes les expériences que la vie peut évoquer en nous, et qui découle de la reconnaissance que nous ne sommes pas ces images que la pensée nous présente, mais plutôt l’espace dans lequel toutes nos expériences se déploient.

 

Patrick Boulan

L' ADVAITA VÉDANTA

 LE YOGA DE LA RÉALISATION DU SOI

L’Advaita Védanta est une tradition qui pointe vers la réalisation directe de notre véritable nature de Pure Conscience. Advaita signifie « non duel », et Védanta fait référence aux plus hauts enseignements des Védas et au fait d’aller au delà de la connaissance.

C’est en effet dans les Védas (et en particulier dans les Upanishads, une partie des textes philosophiques composant les Védas), qui sont les plus anciens écrits spirituels (entre 1500 à 900 avant JC), que la tradition de l’Advaita prend racine.

Mais c’est surtout avec les commentaires des 10 Upanishads majeures, ainsi que de la Baghavad Gita et des Brahma Sutras par le saint Indien Adi Shankara (ou Shankarasharya), au 8° siècle, que cette philosophie non duelle se consolide autour de trois piliers :

-       l’enseignement ou la transmission de la connaissance,

-       la réflexion et la contemplation des enseignements,

-    puis l’exploration, la méditation pour valider les enseignements par sa propre expérience.

 

La doctrine Advaitiste prône qu’il y a une réalité ultime : Brahman, qui est un et sans forme ; le monde est une émergence de cette réalité ultime (mais une illusion en tant que quelque chose de séparé et distinct), et ce que nous sommes est Brahman.

Cette réalité ultime, qui est pure conscience, est à la fois le contenant et le substrat de toutes les formes matérielles qui sont créées. Cette Conscience immatérielle se transforme elle-même pour créer le monde de la manifestation : par un agencement des cinq éléments (espace, air, feu, eau, terre), elle prend la forme de tout ce qui peut exister, sans perdre pour autant sa nature profonde.

 

Le modèle Advaitiste fournit une explication structurée des relations entre le Soi (ou Brahman) et le monde de la création par l’intermédiaire des trois corps : Corps causal, Corps subtil, et Corps Physique.

Le corps causal prend racine dans trois types  d’énergies : Sattva (Lumière), Raja (Activité) et Tamas (Inertie). Quand ces énergies sont indifférenciées le monde reste non manifesté. Lorsque ces énergies sont actives, les éléments sont créés et la conscience universelle donne naissance à la conscience individuelle et au monde manifesté.

Le corps causal contient le subconscient personnel et l’inconscient collectif ; il vagir comme une empreinte et déterminer la nature de l’expérience humaine d’où son nom de « causal ». Ensuite se crée le corps subtil, qui est le reflet de la conscience et le siège de l’intellect, du mental et de l’égo. Puis vient le corps physique avec l’émergence des cinq pranas (qui contrôlent les fonctions organiques) et avec la création des cinq sens et des organes associés. À partir de là, le monde est projeté.

 

Pour l’Advaita, la cause de la souffrance humaine réside dans l’ignorance de notre nature fondamentale et dans l’illusion d’un soi séparé. C’est parce que ce Soi authentique n’est pas reconnu que les différents corps (causal, subtil ou physique) peuvent être pris pour le soi, donnant ainsi naissance au monde de l’illusion (Maya) et à la souffrance.

Pour sortir de la souffrance et des cycles du Karma, il faut revenir à la réalité absolue et réaliser que ce que nous sommes est pure Conscience.

Cette réalité ultime pointée par l’Advaita se réalise par la connaissance directe (Jnana), cette réalité non duelle du Soi ne pouvant pas manquer de se révéler puisqu’elle est déjà présente, existant juste derrière nos interprétations mentales. On ne cherche donc pas des expériences mystiques, spirituelles ou extraordinaires, on n’a pas non plus besoin de recourir à la foi ou à la dévotion, on va simplement explorer la nature profonde de notre expérience.

 

Une des méthodes qu’utilise l’Advaita Védanta est Atma Vichara (Atma = le Soi, Vichara = analyse, exploration), qui est une forme d’investigation sur la nature du Soi (ou de sa réalité intérieure) et sur la discrimination entre Soi et non-soi. La méthode se base sur ce qui est là, ici et maintenant, et c’est dans cette expérience ordinaire du moment que la réalité doit se dévoiler.


Cette méthode d’Atma Vichara, très ancienne, a été à nouveau rendue populaire par le sage Indien Ramana Maharshi (1879-1950) qui a ouvert la tradition de l’Advaita à l’occident, et a eu une influence énorme sur la diffusion de cette approche qu’il appelait la « voie directe ». 

   

Son enseignement reposait en grande partie sur la question « Qui suis-je ? » afin de mener cette investigation du Soi. Par ce questionnement,  le chercheur peut garder son attention fixée sur la pensée « Je » afin d’en découvrir la source et de réaliser la nature véritable de ce « Je ». Le questionnement ramène ainsi l’attention vers sa source jusqu’à ce que la conscience se révèle à elle même, dissolvant le chercheur dans l’expérience de son Soi authentique.

 

Suite à la diffusion des enseignements de Ramana et d’autres maîtres Indiens (Vivekananda, Nisargadatta Maharaj, Ramesh Balsekar, H.W. Poonja…), le néo-Advaita est apparu à partir de la deuxième moitié du 20° siècle, diffusé par des disciples occidentaux qui ont réalisé leur nature profonde auprès de ces Maitres Indiens et qui, à leur retour, ont partagé leur compréhension en dépouillant l’enseignement de sa tradition Védantique et en le rendant plus direct et abordable.

 

mercredi 3 novembre 2021

MÉDITATION ET ORGANISATION INTERNE

 

La vie est cohérence. Elle suit un principe d’organisation qui tend vers l’expansion et l’harmonie.

Pourtant en tant qu’êtres humains, à cause de l’ignorance de notre nature profonde, nous vivons, en grande partie, d’une façon qui nous fait nous sentir déconnectés de ce principe organisateur et de l’équilibre qui en découle.

 

En effet, l’état normal de conscience pour la plupart des gens, c’est un état d’identification au mental, aux pensées, et au sens de la personne.

A cause de cette identification, le mental est nourri sans cesse en énergie, et va avoir tendance à produire un flot continu et dense de pensées, d’images et de concepts qui vont sans cesse changer en fonction de nos interactions avec notre environnement.

Ce sens du soi étant très instable, le mental/égo va chercher à trouver plus d’équilibre et de sécurité en mettant en place un plus haut niveau de contrôle pour tenter de gérer les mouvements des pensées, et pour essayer de s’accrocher à des images de soi qui le valorisent et qu’il voudrait maintenir stables.

Par cette activité, le mental crée encore plus de pensées, de concepts, de croyances et de conditionnements sur ce que l’on est et comment les choses devraient être. Il génère aussi un grand nombre de stratégies pour essayer de fuir ou réprimer les émotions, sentiments et expériences que nous imaginons ne pas être en capacité de ressentir.

Toutes ces pensées, concepts et croyances agissent comme un filtre, dirigeant sans cesse notre attention vers l’extérieur, nous amenant à chercher l’équilibre dans un futur hypothétique, et nous faisant tourner le dos à notre nature fondamentale et à l’expérience directe de la vie dans le moment.

En outre, toute cette activité mentale entretient un grand niveau de conflit intérieur et de contrôle, et génère une contraction énorme dans l’être. Cette contraction produit une activation du système nerveux et une agitation constante de l’énergie interne et des émotions. L’activation est ensuite traitée par les pensées et augmente l’agitation du mental qui ressent qu’il y a quelque chose qui ne va pas, et qui va conclure : « il y a quelque chose qui ne va pas chez moi ».

 

Un cercle vicieux est alors installé. Et à cause des niveaux importants de contrôle, de confit intérieur et de division qui sont maintenus et qui vont à l’encontre du principe d’organisation naturel de la vie, cela maintient en place une activité renforçant le déséquilibre et la fragmentation.

 

 


 

La méditation est la voie royale pour sortir de cette boucle et pour laisser l'équilibre se restaurer.

En effet, lorsque l’on pratique la méditation un détachement naturel se produit. Et cela est encore plus vrai lorsque l’on pratique la méditation véritable qui est une méditation sans objet, donc sans effort de concentration, où on laisse simplement les choses être telles qu’elles sont.

Ce détachement amène à désengager notre attention et notre identification de l’activité à l’œuvre dans les pensées.

Le fait de ne rien faire dans la méditation, de rester sans agenda, de ne pas chercher à atteindre quoi que ce soit, nous amène à libérer l’expérience de notre contrôle et à laisser les éléments qui apparaissent en nous suivre leur rythme propre et se déployer dans le respect de leur cycle naturel.

Plus nous restons dans cette observation détachée et sereine, plus les pensées peuvent êtres vues pour ce qu’elles sont : de simples mouvements qui se produisent dans l’espace de notre être.

En même temps, privé de ses sources principales d’énergie (qui sont notre identification et notre attention), le mental se détend et se vide peu à peu de son contenu, le système nerveux se régénère et tout notre organisme s’apaise.

Puisque nous n’interférons plus avec le mouvement de la vie, son principe d’organisation à l’espace pour œuvrer en nous.

L’harmonie se restaure alors d’elle même, et les qualités naturelles de notre Être Véritable se révèlent. Nous pouvons alors découvrir les trésors qui nous attendent derrière le voile de distorsion créé par les pensées.

Le principe d’organisation tend également à nous amener à nous éveiller à notre Vraie Nature, à réaliser que nous ne sommes pas ces images que les pensées nous présentent, mais plutôt la conscience qui les perçoit, et que cette conscience n’est pas contenue ni définie par ce que nous pouvons percevoir ou penser.

Ce qui est réalisé sur le coussin de méditation s’infiltre alors de plus en plus dans notre vie quotidienne et dans notre expression, dans un processus continu et infini d’approfondissement.

 

Et plus sommes alignés avec notre nature profonde, plus le principe d’organisation de la vie a d’espace pour œuvrer, amenant notre nature profonde à s'exprimer de plus en plus à travers le système corps/mental dans un déploiement infini de grâce et de créativité.


Patrick BOULAN

l'ÉGO ou le soi illusoire

Ou la racine de la souffrance

Lorsque nous arrivons au monde, nous sommes pure Essence, immergés dans l’expérience de notre vraie nature, dans un état de pureté, d’innocence et d’unité.

Puis en grandissant nous devons faire face à des manques (lorsque nos besoins d’amour, de connexion, de reconnaissance ou de sécurité ne sont pas remplis), à des blessures ou des traumas (lorsque notre innocence n’est pas respectée ou qu’elle est abusée).

Avec ces manques et ces blessures puis avec la douleur qui en découle, l’enfant sent qu’il y a un problème, mais ne pouvant avoir la capacité de recul suffisante pour percevoir que la nature réelle du dysfonctionnement vient des gens qui sont en contact avec lui, il pense que c’est lui qui a un problème et installe la croyance de base « il y a quelque chose qui ne va pas chez moi ». 

Il sent en même temps que si il laisse cette croyance exister, cela le rend indigne d’être aimé, et qu’il n’aura donc jamais la nourriture et la connexion dont il a besoin.

L’unité et la confiance sont alors perdues. L’insécurité et la douleur qui en découlent sont si grandes que nous ne pouvons imaginer continuer à rester en contact avec ces blessures, dans un état de vulnérabilité et d’ouverture.

 

L’égo qui s’était d’abord structuré comme un mécanisme réflexif de conscience de soi, se développe alors dans une nouvelle forme : comme un moyen de protection, et il met en place une armure énergétique et psychosomatique (en nous et autour de nous) qui cherche à nous protéger, à compenser les images négatives que les croyances ont créées, et à rétablir l’équilibre perdu.

Cette activité protectrice de l’égo tourne autour de trois grandes orientations, elle cherche :

-    soit à trouver un reflet valorisant de soi dans la relation avec chacun des objets et situations avec lesquels nous entrons en contact,

-    soit à compenser les blessures, manques, et traumas que nous avons expérimentés,

-  soit à éviter d’être à nouveau confronté à ces blessures ainsi qu’à faire face aux croyances négatives qui y sont associées.

 


 

Le maintien en place de cette armure génère une grande activité et crée un filtre qui agit comme un miroir déformant à travers lequel nous évaluons nos expériences intérieures et extérieures.

 

 

 

 

Mais le filtre est basé sur les croyances négatives qui se sont installées, il va donc avoir tendance à interpréter les expériences comme une confirmation de ces croyances négatives. 

 

Ainsi, ce que nous percevons et ressentons n’est plus la réalité, mais le fruit de la projection de ces images de nous mêmes : comme si nous percevions la réalité à travers des verres colorés qui teintent notre expérience et projettent notre monde intérieur dans ce que nos percevons de l’extérieur.

 

Ces projections validant les croyances limitantes déjà installées, l’égo va alors se mettre à lutter contre tout ce qui est vécu, dans la mise en place d’un conflit permanent avec notre expérience.

Ce conflit avec l’existence va générer une grande activité mentale qui va évaluer chaque élément à travers les conditionnements, les filtres et les barrages qui ont été créés : « j’aime/je n’aime pas », « c’est bien/ce n’est pas bien », « cela peut exister/cela doit disparaître », « j’en veux encore plus/je ne veux pas expérimenter cela »…

De là, des stratégies se développent pour essayer de tenir à distance les expériences qui menacent l’équilibre de l’égo, ainsi que pour essayer d’atteindre ce dont il imagine avoir besoin.

Par exemple, dans une situation relationnelle où l’égo se sent insécure, il peut mettre en place une stratégie où il va tenter d’avoir l’air gentil ou aimable pour recevoir de meilleurs signaux des autres personnes, et donc se sentir plus sécure. Il peut aussi choisir d’avoir une attitude agressive ou froide dans le but de de cacher son insécurité, ou de déstabiliser les autres, et d’augmenter son impression de contrôle pour se sentir plus en sécurité. 

Et entre ces deux exemples, on trouve un mandala infini de variations des modes de contrôle possibles et imaginables.

 

Toute cette activité de conflit va occuper la plus grande partie de notre attention, et va générer une contraction énorme dans notre être. Cette contraction va voiler la réalité de notre véritable nature, et nous couper encore plus profondément de notre Essence.

Cette dissociation avec notre être nous amène à nous sentir séparés, divisés, incomplets et insatisfaits – ce qui augmente encore plus le niveau d’insécurité intérieure, et qui nous conduit à imaginer que le meilleur moyen de retrouver un certain niveau de sécurité est de renforcer la structure de protection mise en place par l’égo.

La boucle se referme alors pour nous maintenir prisonniers dans l’identification à cette activité de l’égo qui s’entretient elle même.

 

Pour sortir de cette boucle et des chaines de souffrances qui en découlent, on pourrait avoir tendance à penser qu’il faut détruire l’égo. C’est d’ailleurs ce que certaines voies spirituelles ont tendance à prôner.

Mais la part de nous qui chercherait à détruire l’égo ne serait qu’une autre facette de ce même égo – vêtu ici d’un costume plus spirituel – et qui continuerait, dans sa grande arrogance, d’imaginer savoir ce qui devrait exister ou disparaître. Si on s’engage dans cette direction, on est donc à nouveau piégé dans le conflit intérieur et dans la contraction. On est à nouveau embarqués dans un cycle sans fin de souffrances.

 

Ce qui va nous permettre de nous libérer, c’est de laisser l’expérience être éclairée par la lumière de notre conscience.  

L’égo n’a pas besoin d’être détruit ou transformé, il a seulement besoin d’être vu pour ce qu’il est : une simple activité.

Voir que l’égo est simplement une activité (et pas quelque chose de concret) est la voie qui permet de nous en détacher. Cela crée une distance qui permet de voir au delà de l’illusion que l’égo entretient, qui permet de voir que l’égo n’est pas ce que nous sommes.

En effet, le fait qu’il y ait cette activité de l’égo à l’œuvre – avec ces images et pensées relatives à la personne que nous imaginons être, et le sens de séparation qui va avec – ne signifie pas pour autant qu’il existe réellement en nous une entité correspondant à ces images.

Ces images, pensées, souvenirs, activités réflexives mises en place par l’égo, sont des mouvements qui apparaissent dans l’espace de notre conscience mais qui ne disent rien de vrai sur ce que nous sommes. Ce sont juste des mouvements conditionnés, temporaires et impermanents. Nous existons indépendamment de ces mouvements.

La question à ce poser est donc la suivante : suis-je réellement ces voix ou ces images de moi dans ma tête, ou bien suis-je ce qui les perçoit ?

Ensuite, en mettant ce questionnement en pratique, dans la lumière de notre conscience, la réalité ne peut que se révéler pour nous montrer que ce que nous sommes réellement, c’est ce qui perçoit ces mouvements de l’égo et des pensées.

Revenir à l'expérience directe de notre nature profonde de Conscience illimitée, revenir à une immersion dans l’expérience de l’Être pur, nous permet de mettre un terme à notre association avec l'activité de l’égo.

L’ego n’a donc plus besoin de changer, c’est nous qui, par un retour à notre vraie position, pouvons réaliser que nous ne sommes pas l’entité limitée qu’il nous présente.

 

Plus l’égo sera vu comme quelque chose qui n’est pas vrai (dans le sens où il n’est pas réellement ce que nous sommes), plus il perdra de sa force et de sa consistance, et plus nous pourrons nous ouvrir à un mouvement plus profond en nous, où nos actions, pensées et paroles pourront émerger d’un espace en dehors du cadre limitant dans lequel l’égo nous maintenait.

Nous sommes alors libres d’être ce que nous sommes réellement. 


Patrick BOULAN

 

 

lundi 11 octobre 2021

RAMANA MAHARSHI

 

" Le Yoga n’est rien d’autre que la cessation des pensées que vous êtes différents du Soi, ou de la réalité.

Tous les Yogas – Karma, Jnana, Bhakti ou Raja – sont seulement différents chemins qui, par des modes d’évolution spécifiques, vont s’adapter à des natures humaines différentes, pour aider les êtres à sortir de cette notion si tenace et attachante qu’ils sont séparés du Soi. 

Il n’est pas question d’union en Yoga dans le sens de rejoindre ou se reconnecter avec quelque chose qui est distant ou différent de vous, car vous n’avez jamais été – et ne pourrez jamais être – séparés du Soi. "

 

 



 

" « Qui suis-je ? » n’est pas un mantra. Investiguer votre expérience par ce questionnement signifie que vous devez trouver d’où en vous émerge la pensée « JE » qui est la source de toutes les autres pensées. " 


Ramana Maharshi



"Il n'y a pas plus grand mystère que celui-ci : étant la réalité, nous cherchons à atteindre la réalité. Nous pensons que quelque chose nous cache cette réalité et que cela doit être détruit pour pouvoir l'atteindre.
C'est ridicule !
Un jour viendra où vous rirez de vos efforts passés, et ce qui sera présent ce jour-là est déjà pleinement existant ici et maintenant."